La Route Royale de Paris au Mans : un projet de sauvegarde patrimoniale et de valorisation touristique

Aujourd’hui, le réseau routier Français représente 1.628.260 kilomètres. Parler du Patrimoine Routier Français c’est remonter au temps de la Gaule. César lui-même dit des Gaulois :

«qu'ils circulent avec de nombreux chars et beaucoup de bagages selon l'habitude gauloise»*

Cette remarque révèle qu'un réseau routier conséquent existait déjà avant la Conquête des Romains. Nous savons que les ingénieurs romains ne feront que reprendre dans leur grande majorité les tracés des routes gauloises en améliorant ce réseau routier aux normes du schéma des viae de la péninsule italienne**.

L’étude du patrimoine routier a reçu pour cadre historique et territorial celui de la Généralité d’Alençon à la veille de la révolution.

Concernant Igé dans le Perche :

  1. De quoi parlons-nous en évoquant le sujet du patrimoine routier?
  2. A quelle époque de notre histoire faisons-nous référence ?
  3. Pourquoi nous y intéresser ?

Pour répondre à ces trois questions, intéressons-nous à l'histoire.

L'HISTOIRE, notre passé :

Il faut remonter à la période de l’histoire de France dite « Ancien Régime» allant de la Renaissance (XVIè siècle) à la Révolution Française (1789) qui marque la fin du Royaume de France et l’avènement de la République Française.
À cette époque la France était organisée en Provinces et en Généralités.

La Généralité comprennait une partie de la Normandie et du Perche. À la fin de l’Ancien Régime, elle se composait de 9 subdivisions appelées « élections » (Alençon, Argentan, Bernay, Conches, Domfront, Falaise, Lisieux, Mortagne et Verneuil) et de 18 subdélégations.

Elle était administrée par un intendant nommé par le Roi qui avait pouvoirs de police, de justice et de finances, secondé par des subdélégués établis à Alençon, Argentan, Bellême, Domfront, La Ferté-Macé, Mortagne et Sées.

Les deux derniers intendants furent :

  • Louis-François Lallemant, comte de Levignen de 1726 à 1766,
  • et Jean-Baptiste Alexandre Jullien de 1766 à 1790.

C’est sous leur administration que le réseau routier de la Généralité, suivant un mouvement d’ampleur national, a subi une profonde mutation et qu’il fut doté d’un certain nombre de petits monuments, objet de cette étude.

Deux routes ont particulièrement été étudiées :

  • la Grande Route de Paris en Bretagne qui entre dans la Généralité d’Alençon près de Dreux et en sort à La Lacelle, où commence la Généralité de Tours,
  • la route de Paris au Mans qui, sortant de la Généralité de Paris au sud de Dreux, rentre dans la Généralité d’Alençon aux environs de Tréon, par Châteauneuf-en-Thymerais, Rémalard et Bellême, elle va rejoindre la Généralité de Tours, un peu en amont de Saint-Cosme-en-Vairais, sur la commune d’Igé.

Le Département de l’Orne se singularise en terme de patrimoine routier par la conservation des témoins identitaires oubliés, méconnus, qui en font, pour ce sujet précis, l’un des tout premiers de France. Ces petits monuments discrets peuvent être classés en trois catégories :

  • les bornes royales, dites milliaires
  • les croix pyramidales d’élection
  • les obélisques de limite de la Généralité d’Alençon.

L'image ci dessous rassemble ces trois catégories :

borneCroixPyramide

Les bornes milliaires

Les bornes royales étaient implantées toutes les milles toises, (une toise équivalait à un peu plus d’1,90 m, d’où l’adjectif «milliaire) c’est-à-dire toutes les demi-lieues (une lieue équivalait à 4 km), soit environ 1.949 m. Elles étaient posées sur les routes royales depuis le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Un inventaire exhaustif a été entrepris sur la RD 938 et sur la RD 920, entre Saint-Jean-des-Murgers (Eure-et-Loir) et Igé. Sur les 22 bornes qui avaient été posées à la veille de la Révolution, 18 ont été retrouvées.

Les bornes ont souffert de la révolution. La fleur de lys, qui était gravée en bas-relief dans un ovale, a été remplacée par un symbole républicain.

Les croix Pyramidales d'élection

Elles servaient à identifier un territoire, l’élection, subdivision de la Généralité. On en compte deux dans le Département, implantées sur la route de Paris en Bretagne. L’une, dite «Croix Saint Maurice», est située sur la commune de Moussonvilliers. L’autre, sur la commune de Saint-Léger-sur-Sarthe est mieux connue sous le nom de «Croix d’Anthenaise». Ces croix, érigées en 1733, à l’initiative de l’Intendant Louis-François Lallemant, feront l’objet d’une restauration.

Les obélisques de limite de la généralités d'Alençon

Couramment appelés «pyramides» 4 obélisques avaient été commandés vers 1735-1738 par l’intendant. Deux ont disparu :

  • Le premier marquait la limite de la Généralité d’Alençon avec celle de Tours. Il était situé sur la route de Paris en Bretagne, sur la commune de La Lacelle, au lieu-dit «Le Gué David».
  • Le second  avait été érigé à Alençon, et son souvenir est évoqué dans le nom du quartier de «la Pyramide», à l’entrée de l’actuelle rue Saint-Blaise.

Fort heureusement, deux obélisques ont été conservés :

  • Le premier se trouve en bordure de la RN 12, sur la commune de Louvilliers-en-Drouais, près de Dreux. Il délimitait la Généralité d’Alençon avec celle de Paris.
  • Le second nous concerne plus particulièrement.Il s’agit de la «Pyramide d’Igé» que nos amis Sarthois ont tenté de s’approprier en l’ayant baptisé «Pyramide de Saint Cosme». Cet obélisque, marquait la limite entre la Généralité d’Alençon et la Généralité de Tours.

L’obélisque d’Igé mérite une attention toute particulière. Construit en belles pierres de grès, il a très probablement été érigé en 1735, comme celui de Louvilliers dont il est le frère jumeau. Tous les deux ont été privés, sous la révolution de la fleur de lys qui couronnait leur fût mais aussi de la table d’inscriptions qui magnifiait la politique routière de Louis XV.
Par chance, le texte de cette inscription a été récemment retrouvé dans un recueil de plans et dessins dus au talentueux Jean-Rodolphe Perronet, nommé en 1737 ingénieur des Ponts et Chaussées de la Généralité d’Alençon.

Ci dessous détail de la plaque portant cette inscription.

plaque

En quoi a consisté le projet ?

Les bornes royales

Le but recherché était de rétablir le bornage de la route de Paris au Mans, qui traverse le Perche sur une quarantaine de kilomètres. L’opération consista :

  • à repositionner les bornes à leur emplacement initial recalculé
  • à restaurer les bornes accidentées
  • à restituer les 6 bornes manquantes

L'obélisque d'Igé

Signalons que la «Pyramide d’Igé» est l’un des très rares témoins connus en France d’un obélisque marquant la limite d’une Généralité. Sa restauration a consisté :

  • en la restitution des 6 lits de pierres d’assise manquants, du chapiteau et du couronnement fleurdelysé, ce qui porte l’obélisque à plus de 7 m de hauteur.
  • en l’incorporation d’une table d’inscriptions.

Ont également été réalisés :

  • la pose d’un panneau explicatif,
  • l’aménagement des abords avec plantation d’un verger planté en variétés fruitières anciennes et d’une haie de cytise, essence locale.
  • la création d’une aire de repos avec cheminement pédagogique et ludique

Ainsi, la mise en valeur de l’obélisque vient clore en beauté la fin de la route du Mans pour les automobilistes venant de Bellême.
Pour les usagers circulant dans l’autre sens, l’entrée dans le Perche et le département de l’Orne, est soulignée d’une manière originale et authentique.

La mise en œuvre de ce programme d’actions a nécessité l’appui des collectivités. Diverses fondations privées (Fondation du Patrimoine, Fondation du Crédit Agricole), mécénat d’entreprise ont été sollicitées pour accompagner ce projet. Un projet qui permet, tout en sauvegardant un patrimoine routier rare, méconnu du grand public, d’animer un itinéraire jalonné de points d’arrêt informatifs et ludiques (pupitres de découverte) depuis La Madeleine-Bouvet jusqu’à Bellême.

Cette approche dans la connaissance de la route est un moyen de faire découvrir à la clientèle touristique de séjour un aspect inédit de l’histoire du Perche : lors de courtes étapes, l’usager est incité à en savoir plus sur le contexte historico-patrimonial du support qu’il emprunte.

Les différentes actions ont contribué à asseoir une certaine image de marque du Perche et du département de l’Orne, où se remarque que l’on a su conserver, expliquer et mettre en valeur les témoignages identitaires de son passé routier.

L'AVENIR

Pour Igé une fenêtre s'entrouvre sur l'avenir. Igé avec son patrimoine routier a la chance de pouvoir valoriser ce que le passé lui a légué.

L'enjeu est évident pour Igé, par la restauration de la Pyramide d'Igé et l'aménagement d'un point d'arrêt informatif et ludique, partie intégrante d'un parcours de 40 kilomètres, nous avons apporter à notre région un attrait supplémentaire pour ses habitants, ses enfants et la clientèle touristique.

Notre association, Igé patrimoine 61, s'est s’associée à ce projet «intelligent» , pour la sauvegarde de notre patrimoine routier, reconnu rare et méconnu du grand public en association avec la Fondation du Patrimoine, le Conseil Général de l’Orne et l’ensemble des communes concernées par le projet.

Sources :
Ce texte a été construit sur la base de l’exposé présenté par l’historien Christian Pytel,

Autres Sources :
* et **: Œuvre de Jule César -De Bello Gallico- (Commentaires sur la Guerre des Gaules)

*** : L’Edit de Cognac : Source Wikipédia liste des Edits

**** Monsieur Pytel, chargé de mission au SIDTP : Source compte-rendu réunion Igé Patrimoine 26 avril 2013

**** exposé de Monsieur Pytel : Source compte-rendu réunion Igé Patrimoine du 26 avril 2013