Histoire de l'Eglise Saint-Martin d'Igé

Vouloir résumer l’histoire d’une église, c’est se pencher sur l’histoire d’un pays et remonter le temps.
L’histoire de l’église d’Igé nous fait revenir à l’époque du Moyen Age.

Face à un tel édifice qui date de plus de 900 ans, comme l’église Saint-Martin d’Igé, il est une question essentielle, une question simple : Comment ?
Comment cette église a-t'elle été construite? Avec quels moyens? Comment le chantier a-t'il été organisé? Comment ce projet énorme a-t'il été financé? Comment la voûte a-t'elle été monté? Quels ont été les matériaux et comment ont-ils été utilisés?
La construction d’une telle bâtisse est soumise aux lois naturelles, aux limites techniques, aux limites des hommes en organisation et financement.
Si les conditions de construction ont changé au cours des siècles et sont différentes pour chaque structure, il est intéressant de souligner un point commun : que ce soit une église romane ou une cathédrale gothique, chaque bâtisse nous révèle l’engagement d’une poignée d’hommes, et la réalisation de ces projets tient à de généreux donateurs et à de talentueux bâtisseurs. C’est donc, grâce à la mobilisation de plusieurs hommes, grâce à leur pugnacité, grâce à leur talent, qu’aujourd’hui notre France dispose d'un riche Patrimoine.

Nous pencher sur l’histoire d’une église comme celle d’Igé, c’est donc suivre l’évolution d’un village du Perche, l’évolution des us et coutumes, du langage, des métiers, des flux migratoires comme au 17ème siècle pour les familles Beauvais, Gadois, Godé, Jarry, Le Duc, Gagné, Lenormand, et Trottier qui ont quitté Igé pour participer à la construction de « la Nouvelle France ».

Nous vous proposons de découvrir la chronologie de l’histoire de l’église d’Igé, illustrée avec quelques photos. Nous vous souhaitons une bonne découverte.

Ce résumé s'appuie sur une étude réalisée en 2013 sur la base d’archives départementales de l’Orne, d'archives diocésaines, ainsi que des archives communales et paroissiales d’Igé.
L’auteur de ce travail de recherche est un « Enfant du Perche » : Eric Yvard.Armoiries d'Igé
Voir ci-dessous pour l'histoire de Saint-Martin.

XIIème siècle

La construction de l’église Saint-Martin d’Igé remonte à l’époque Romane.
Ceci est notable sur le porche de l'église.

PorcheEglise

Porche de l'église

XVIème siècle

1580 - La guerre de cent ans a laissé des traces, la réparation du clocher-porche a été nécessaire suite aux dégâts de la guerre.
1581 - Le curé Thomas Grégoire consigne tous les actes de baptêmes, de naissance et d’inhumation en latin. Ce sont les premiers registres de la paroisse d’Igé.

 

XVIIème siècle

1638Construction de la chapelle latérale gauche.

1639 - Construction de la chapelle du Rosaire où sont installés les fonts baptismaux.

Sur ces fonts baptismaux, les noms des sept Igéens qui ont quitté leur village pour la Nouvelle France, après Robert Giffard, Jacques Beauvais, Pierre Gadois, Nicolas Gode, Eloi Jarry, Jean Le Duc, Jean Lenormand et Gilles Trottier.

FontsBatismaux

Fonts baptismaux

XVIIIème siècle

1706-1720 - Reconstruction du chœur, à la demande de l’évêque de Sées «Monseigneur Louis d’Aquin».

1790 - La voute de la nef s’effondre, cet événement aurait pu être dramatique, il survient après la messe des Vêpres du Vendredi Saint 1790, quelques minutes après la sortie des fidèles, toute la voûte de la nef s’effondre en brisant l’ensemble des bancs et une grande partie du mobilier. Les fonts baptismaux en portent encore la trace.

1793 - Le 3 décembre 1793, une des deux cloches de l’église est descendue du clocher et fondue pour faire des canons pour la République.

1794 - Le 3 Floréal, (23 avril 1794), le Maire d’Igé accompagné de plusieurs officiers municipaux dresse un procès-verbal de l’argenterie et des ornements liturgiques de l’église d’Igé.

1795 - Pendant toute la période de la Révolution et jusqu’au 5 juillet 1795, l’église d’Igé devient le temple décadaire dédié à la déesse Raison, utilisé pour célébrer toutes les fêtes de la Révolution.

Le 5 juillet 1795, un prêtre non assermenté, se présente devant le maire d’Igé pour pouvoir célébrer «la messe tous les jours de dimanche et fêtes à dix heures du matin et aux Vesprès à deux heures du soir…» Sources Archives départementale A.D.61 E dépôt 492/1

 

 XIXème siècle

1820 - Le 19 avril 1820 Louis de Fontenay maire d’Igé depuis 1814, convoque d’urgence le conseil municipal. Le but de cette réunion est de reconnaitre l’urgente nécessité de réparer et d’agrandir l’église «Agrandir l’église devient une nécessité, étant trop petite pour en contenir les habitants dont une partie est contrainte de rester en dehors de l’édifice». Sources Archives départementale A.D.61 E dépôt 492/2

1821 - La commune d’Igé décide de financer l’agrandissement de l’église.Thn

1822 - Le 3 janvier 1822 une Ordonnance Royale accepte les travaux.

Le 22 février 1822 le préfet approuve les devis de maçonnerie et de charpente pour la construction d’un nouveau chœur de l’église d’Igé et d’une sacristie qui se compose d’un rez-de- chaussée et d’un étage. L’entrepreneur choisi est Boner Lechesne, du Mans.

Plusieurs travaux sont engagés dont celui d’un grand maitre autel en pierre avec un contre table et un tabernacle demandé par l’évêque.

1823 - Construction de la chapelle de la famille d’Orglandes autorisée par une ordonnance Royale. Une rente annuelle de 25 francs en faveur de la fabrique est demandée.
(cf ci dessous pour la défintion de la
fabrique)

1825 - Un décret royal réunit la Paroisse de Marcilly à celle d’Igé.

1846 - Construction d’une nouvelle chapelle, l’église est trop petite pour la commune d’Igé. Cette chapelle du Sacré-Coeur fait face à la chapelle du Rosaire et donne à l’église d’Igé la forme d’une croix latine.

Ces travaux sont financés en partie par la vente du presbytère de Marcilly pour la somme de 4000 francs après autorisation du préfet et de l’évêque, ainsi que par la démolition et la vente des matériaux d’une partie de l’ancienne grange dîmeresse d’Igé,  un des bâtiments du presbytère.

1848 - Construction de la chapelle latérale droite.

1850 - Premier chemin de croix posé dans l’église en présence d e l’abbé Triboté, curé doyen de Bellême.

(Voir ci-dessous pour la défintion de la grange dîmeresse)

NouvelleChapelleChapelle construite en 1846

GrangeDimeresse

Grange dîmeresse d'Igé

XXème siècle

1899-1900 - Fabrication des vitraux par le peintre Georges Claude Lavergne, peintre verrier au 84 rue Dutot à Paris, fils d’un peintre, élève d’Ingres.

Aménagement de l’intérieur de l’église : la chaire et la lampe du sanctuaire, les grilles du chœur et du maître autel, un nouveau chemin de croix sur émail est posé, le dallage du ciment peint est achevé, une nouvelle chaire et des stalles neuves sont installées dans le choeur.

DallageCiment

Carrelage en carreaux de ciment peints

 

NouvellesStalles

Nouvelle stalles

Le 30 avril 1900, deux nouvelles cloches sont fondues par l‘atelier Havard de Villedieu les poêles et sont placées dans le clocher.

Le 1er juillet 1900 : Le plan et le devis de Drouin, Architecte à Igé est approuvé. Les murs de l’église ont besoin de réparations pour la conservation de l’édifice.

1905 - Le 9 décembre 1905, la loi de la séparation de l’église et de l’état est votée. Chaque commune doit faire un inventaire des biens de son église.

1906 -Le 21 février 1906, la fabrique dresse un premier inventaire.
Le 7 mars 1906, un second inventaire, en présence du maire, de l’abbé Lemonnier et du comte Robert de Fontenay, président du conseil de fabrique.

Les photos ci dessous sont conforme à ce qu'était l'église Saint-Martin d’Igé entre 1906 et 1920.

 

photo7

L'église comme au début du XXème siècle

 

photo8

L'église comme au début du XXème siècle

1908 - Le 18 mai 1908, le conseil municipal accepte la création d’une fête de quartier qui aura lieu sur la place de l’église le dernier dimanche d’août sous le nom de la fête de Notre-Dame des Champs

FêtesND

Fête de Notre Dame des Champs (1908)

1912 - Le 27 juillet 1912, la foudre tombe sur le clocher de l’église et cause d’importants dégâts

1914-1918 - 1ère guerre mondiale, comme la France entière, la paroisse d’Igé a perdu plusieurs de ses fils tombés au champ d’honneur. Trente sept ne sont pas rentrés au foyer  familial. En mémoire de ces victimes du devoir, une plaque de marbre a été placée à l’entrée de l’église. Les noms de ces jeunes gens brillent en lettres d’or. L’encadrement se compose de colonnes et d' un fronton sur lequel se dessine cette devise : Honneur aux morts pour la France.

1916-1918 - Les demoiselles Le Sassier offrent l’autel de la chapelle du Sacré-Cœur qui est exécuté par l’entreprise Rouillard d’Angers.

1921 - Construction du monument aux morts pour la patrie, avec les débris de l’ancien autel de l’église, les peintures et décorations sont l’œuvre de M. Bourgneuf-Fouquet de Bellême. La plaque de marbre est sortie des ateliers de M. Chebilleau  d’Alençon. Le monument a été réalisé par l’entreprise Vercelleto de Mamers. La construction de ce monument a coûté dans son ensemble six cent francs, couverts par une souscription paroissiale.

1922 - En juillet 1922 réparation du clocher réalisé par M. Gallois Charpentier à Igé.

1927 - Deux vitraux sont offerts par les sœurs Le Sassier et l’Abbé Fauvel l’un pour la chapelle du rosaire et l’autre pour la chapelle du sacré cœur. Ces vitraux sont l’œuvre de Roger des Jardins, peintre verrier à Angers (photo ci contre)

photo10

Vitrail de 1927

1932 - Restauration complète de la nef et du cœur de l’église les peintures murales furent conçues et exécutées par A. Bourgeois, peintre décorateur de Paris, secondé par M. Bourgneuf-Fouquet, peintre décorateur à Bellême. La somme de seize mille cinq cent franc  été couverte par une souscription paroissiale. Les principaux donateurs furent : Mademoiselle Marthe Le Sassier, messieurs l’abbé Fauvel et son frère le docteur, Madame la Vicomtesse d’Orglandes, Mademoiselle Jacqueline d’Orglandes et Monsieur Jules Marteau. ci dessous vitraux datant de cette époque.

photo11

Vitrail de 1932

 

photo12

Vitrail de 1932

1933 - Le 27 septembre 1933, l’abbé Fauvel  décède à Igé des suites de ses blessures. En effet quelques jours plus tôt en allumant un cierge à la lampe du sanctuaire suspendue à la voûte, ce dernier renverse sur sa tête et sur ses mains une partie de l’essence contenue dans la lampe.

photo13Lampe fatale à l'abbé Fauvel

1951 - Les dégâts de la deuxième guerre mondiale entre 1940 et 1944 impliquent la restauration des vitraux endommagés. Gabriel Loire, Maître verrier à Chartres a réalisé ces travaux de restauration.

1956 - Installation du chauffage électrique.

1960 - Les trois cloches sont électrifiées par l’entreprise Bodet de Trémantines. (photo n°10 )

photo14

Electrification des cloches

1962-1965 - Concile Vatican II : l’intérieur de l’église est réaménagé. Un nouvel autel est posé pour célébrer la messe. Cet aménagement de l’autel  face au peuple symbolise l’ouverture de l’Eglise catholique au monde moderne et à la culture contemporaine faite de progrès technologiques. (photos n°11 et 12). Installation de la sonorisation financée par le Père Detoc

photo15

 

photo16

1971 - Réparation de la toiture de l’église.

1989 - La croix et son coq sont réinstallés. Lors d’une messe célébrée par l’abbé René Detoc, curé d’Igé depuis 1962, la croix et son coq ont été bénis. De nombreux habitants de la commune, ainsi que le conseil municipal d’Igé dirigé par Hugues d’Orglandes, maire d’Igé, étaient présents.

1995 - La paroisse de Saint-Martin d’Igé est réunie à plusieurs autres paroisses pour former la nouvelle paroisse Saint-Léonard des Clairières.

photo17

Croix et coq ré-installés en 1989

XXIème siècle

2000 - Restauration de cinq vitraux

2009 - Le 3 juillet 2009, création de l’association de sauvegarde du Patrimoine de la Commune d’Igé sous le nom « d’Igé Patrimoine 61 ». Guy Bulot, Président de l’association envisage, avec l’aide de la municipalité, de restaurer l’intérieur de l’église, et tout particulièrement les peintures murales qui couvrent l’ensemble des murs de l’église. Mise aux normes de l’électricité financée par la commune.

2010 - Installation d’une nouvelle sonorisation financée par la paroisse.

2013 - Projet de restauration de l’église d’Igé, et lancement d'une consulation.
M. Touchard architecte a remis à la mairie un avant projet concernant la restauration des décors peints de la nef de l’église qui se monte à 163 627€. Cet avant-projet comprend maçonnerie, couverture et décors peints.
Avec l’accord de la mairie, l’architecte a continué la procédure administrative et la recherche de fonds.

2014 Début de la première tranches des travaux. Les tranches suivantes seront effectuées en fonction des financements disponibles.

Pour finir une vidéo des vitraux

Quelques définitions :

Saint-Martin

L’église d’Igé est dédiée à Saint Martin.
Saint-Martin fut l'évêque de Tours de 371 à 396. Il est vénéré depuis 16 siècles. Fêté le 11 novembre, date de sa mise au tombeau. Aujourd’hui, près de 4.000 églises lui sont dédiées en France.
MARTIN signifie voué à Mars, le dieu de la guerre, Saint Martin naquit d'un légionnaire des armées de l'empereur Galère, dans la petite ville de Sabaria, en Pannonie (Hongrie), vers 316.Enrôlé à quinze ans comme fils de vétéran, il fut bientôt officier, et se fit remarquer par sa bravoure et par sa charité envers les malheureux. Un jour il rencontra par le plus rude des hivers, aux portes d'Amiens, un pauvre presque nu. N'ayant rien à lui donner, il détacha de ses épaules son manteau, le fendit en deux d'un coup de sabre, et en jeta la moitié au mendiant. La nuit suivante, Jésus-Christ lui apparaissait couvert de ce manteau. Après cette vision, Martin sollicita de l'évêque d'Amiens la grâce du baptême. Quatre ans plus tard, ayant obtenu sa mise à la retraite, il se rendit près d'Hilaire, évêque de Poitiers (356), qui le mit au nombre des acolytes.

Nous pouvons lire au dessus de la statue de Saint Martin de l’Eglise d’Igé, cette phrase en latin
« Oculis semper at coelum , non recluso laborem » « les yeux toujours portés vers le ciel, je ne recule pas devant le travail »

La fabrique

La fabrique désigne les personnes (prêtres et laïcs) impliquées (les fabriciens ou marguillers) chargées de l'administration des finances affectées à la construction et l'entretien d'une église ou d'une chapelle ; on dit aussi le « conseil de fabrique ».
La fabrique dans son sens ancien est l'ensemble des biens et revenus qui permettent la construction de l'édifice puis l'ensemble des biens et revenus de l'église - communauté locale qui officie dans le bâtiment construit.

La grange dîmeresse

Une grange dîmière ou grange dîmeresse ou grange aux dîmes est un bâtiment qui avait pour fonction, entre autres, de servir à entreposer la collecte de la dîme, impôt de l'ancien régime portant principalement sur les revenus agricoles collectés en faveur de l'Église catholique. Bien que cet impôt puisse être versé aussi en argent, il était très souvent perçu en nature, un dixième de la récolte, qui était regroupé dans ces vastes granges dîmières dépendantes d'un monastère ou d'une autorité civile qui se chargeait ensuite de le redistribuer aux différents bénéficiaires de la région. Il reste un certain nombre de ces granges, datant du XIIe au XVIIIe siècle, disséminées dans la campagne. Elles sont caractéristiques par leur surface importante, sur un plan rectangulaire, avec un très haut toit retombant près du sol.